Journal d'une femme en chute libre


Chapitre 1

       Je n'ai jamais rêvé d'être un être model, pourtant je me suis trouvée en train de le devenir sans faire attention.
Depuis mon jeune âge, j'avais toujours une coiffure parfaite avec des cheveux bizarrement raides et soyeux.Mes traits étaient fins comme ceux d'une poupée. J'avais le poids idéal qui allait avec ma taille. Mes dents étaient d'une blancheur splendide. Je portais toujours des habits bien propres et maman me les changeait quotidiennement; j'avais une tenue pour chaque jour.J'obtenais les meilleures notes et les meilleurs prix chaque année. Je parlais trois langues étrangères aisément dès sept ans.Je choisissais des amies parfaites qui me ressemblaient comme des sœurs.
Maman était très fière d'avoir une Fille Modèle et se sentait enviée par les autres mamans de la famille et ses amies."Lilia est comme ça, Lilia est comme ci, je suis fière de ma fille , Lilia va devenir Médecin, ingénieur, architecte..." Ce genre de phrases ne quittait plus la bouche de maman et elle passait toutes ses journées à se vanter de sa progéniture; Moi.
      Sans me rendre compte je me trouvais jouer le jeu de maman et avec le temps j'acceptais ce statut de Fille Modèle et je veillais à ne plus le changer, au contraire je participais avec toutes mes forces et je faisais l'impossible pour garder cette fierté chez maman et ce, malgré une petite voix intérieure qui me demandait de changer, d'arrêter ce jeu répugnant des vantardises enfantines, de retourner à une nature sereine, d'être moi-même pour une fois de ma vie, d'embrasser ma vraie existence d'Homme plein de défauts, imparfait mais par ma grande ignorance de ce qui m'attendait j'étouffais cette petite voix sans cesse.
     Et je devins médecin! Rien de très spécial puisque c'était parmi la liste de maman. Je devins aussi une épouse; un mariage arrangé avec le fils de l'une des amies de maman que j'appréciais mais que je n'aimais pas au sens propre du mot. J'appris à aimer son existence dans ma vie après le mariage, surtout qu'il était le premier homme de ma vie. Il était sympa, généreux et très marrant, ou ce que je croyais. Il comblait ma vie mais je sentais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas et que je n'arrivais pas à définir.
Je devins également une maman. Un petit garçon de huit ans rendait ma vie plus significative et
avec lui je me libérais comme un papillon de son cocon.
    Face à cette vie que je vivais et que la plupart trouvait parfaite, je me sentais en chute libre.



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